Fig. 9

“Etre artiste, c’est remettre de l’ordre dans ses rêves d’enfants” nous dit Gaël Faye. Rappeur, écrivain et chercheur de mémoire. Le chouchou du moment des profs de français, qui s’étaient d’ailleurs déplacé.e.s en masse aux Subsistances, accompagné.e.s de leurs élèves.

“Quand le passé revient, enfances et histoires” est donc le titre (un poil moins flippant) de la deuxième conférence à laquelle j’ai pu assister aux Assise Internationales du Roman; une rencontre entre Gaël Faye et Maxim Léo, avec cette fois-ci Jean Birnbaum comme MC.

La première belle idée qui se détache est la définition de l’enfance comme un “état de grâce et d’insoumission”. Gaël ajoute: l’enfance, c’est aussi “observer le monde sans pré-requis” sans le savoir des mots.

Il faut rappeler le contexte et planter le décor, malheureusement. Gaël Faye est né au Burundi, d’une mère française et d’un père rwandais. Après le déclenchement de la guerre civile et du génocide tutsi, il arrive en France. Les ethnies sont maintenant interdites au Rwanda et personne n’est prêt a parler de ce trauma avec un grand T. Une commémoration a lieu annuellement à partir d’avril et durant trois mois; les trois mois de cette triste “saison des machettes”. Les enfants rwandais d’aujourd’hui n’ont donc que très peu de clés pour comprendre ce qui a bien pu se passer dans leurs pays en 94. Mais ils étudient, passionnément. “Au Rwanda, il y a une volonté absolue de se reconstruire après l’anéantissement”, on se jette dans le travail, dans les études. Mais on ne parle pas.

Avant d’écrire son premier roman, Petit Pays, pendant son travail de recherche de mémoire quelque part, Gaël s’est concentré sur les “couleurs, saveurs, odeurs: la première grammaire de l’enfance”. C’est Gabriel, son protagoniste, qui explore avec ses copains dans l’impasse où ils habitent. L’impasse est le cocon, le livre est une quête de paradis perdu.

Gaël et Maxim nous rappellent ensuite qu’à un moment, si on ne parle pas, si on ne raconte pas sa vérité, les enfants se feront leurs propres versions de l’histoire. “Quand les adultes [sont] encore dans la survie; s’appesantir sur les malheurs [c’est] se freiner.” Et c’est Maxim Léo qui finalement nous annonce la couleur avec ce terme de “chercheur de mémoire”. Chercher a se ré-approprier son histoire.

S’en suit une réflexion sur ce qu’est l’identité nationale, du danger de “fermer ses frontières et ses yeux” en espérant que tout s’arrangera. Au sortir de la période électorale, on sent ces mots faire écho dans la salle… On reparle de l’invraisemblance de ces soi-disant “différences” physiques entre ethnies et/ou religions, récupérées pour la propagande: le nez tutsis, le nez juif. Ces trucs qui n’ont pas de sens pour les générations d’aujourd’hui de ces deux pays. Je re-pense pour ma part à ce que je comprenais, enfant, du conflit en Irlande du Nord. Une affaire de colonie avant d’être un conflit religieux. Et aujourd’hui encore, on parle en souriant de la façon de marcher des protestants ou des catholiques par exemple, reconnaissable en un clin d’oeil dans les rues de Belfast… ces trois exemples me rappelle à la réalité qu’en fait, c’est assez tristouille et ça rallume constamment la bataille, pour des générations qui, souvent n’étaient même pas encore nées à l’époque du conflit. Bref, ça sert à rien. Je vais me répéter mais bon: tant qu’on ne sera pas toutes religions, genres, couleurs et sexualités confondues à marcher main dans la main sous le grand arc-en-ciel de l’égalité, on ne peut pas rire de tout. Il faut se questionner et en parler. Désamorcer le passé.

Sur ce, je vous laisse avec ses nouvelles additions du Book Club made in byobyoga! La semaine prochaine, on rencontre la Compagnie de théâtre Augustine Turpaux qui nous parle de son beau projet itinérant de marches saisonnières à travers les territoires d’Auvergne Rhône-Alpes. Pour être claire, Turpaux est située diamétralement à l’opposée du projet “En marche”. Et tout ça autour d’une réflexion sur la thématique des peurs sociales et intimes. On lâche rien!

 

Et on continue les cours de yoga en version bikhram vu la canicule… On laisse donc sa bouillotte à la maison et on ramène sa bouteille d’eau!

 

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